L'esprit en chemin

Photo Dominique Nugues
suite de petites fleurs peintes et de visages des Profondeurs
La première "révélation" d'un esprit omniprésent mais invisible se produisit pour moi, en 1987. Dans un petit village perché du Cachemire, nommé Pahalgam.
Nugues, biographie
L'art et la religion

Ce fut un véritable foudroiement.

C'était en Août 1987, vers le 15. Il était 20h. Dans l'Himalaya, à cette lattitude, la nuit tombe tôt et vite. Nous étions réunis, une dizaine de personnes, dans une petite salle du Yog Niketan de Pahalgam. Il s'agissait d'un tout petit monastère temporaire, tenu par deux jeunes nonnes de Bombay qui venaient là, passer leur été. Elles y recevaient quelques hôtes, indiens et occidentaux, hindous ou non. Ce soir là, les deux nonnes firent quelques rituels habituels et sans signification pour moi. Puis elles se mirent à chanter. Très doucement, très clairement dans une langue que je ne comprenais pas. Pourtant en quelques instants, je fus pris d'une intense, irrépressible et inépuisable envie de sangloter. Ceci m'était imcompréhensible. J'étais envahi par quelquechose d'infiniment doux et pourtant brutal.

Je le redis, car c'est l'image la plus précise, ce fut comme un foudroyement. Ce foudroyement dura aussi longtemps que dura le chant des nonnes. Ensuite tout rentra dans l'ordre des habitudes.
J'avais le sentiment que quelqu'un, quelqu'esprit m'avait visité. A tout le moins s'était-il signalé à moi.
Le cours des choses reprit sans plus de changement.

Mais un chemin m'avait été montré, ouvert. Suivre ce chemin, le découvrir a été depuis ce moment, ma principale activité.

Les havres et les embuches

Les havres et les embuches sont nombreux sur le chemin. Je peux dire qu'ils sont le lot quotidien. Les seconds peuvent avoir pour nom : colère, angoisse, solitude, peurs de toutes sortes. Les premiers sont de l'ordre de l'ascèse et de la discipline.

Ce chemin quel est-il?

Immatériel. Enfin, on pourrait dire c'est la vie. Tout simplement. Le néant pour les uns, l'éternité pour les autres. Ces autres dont je fais partie. Oui, sans rien savoir, pourtant, de ce qu'est l'étérnité, j'y crois. Simplement.

A mon sens l'éternité s'oppose au temps. Celui-ci est un présent perpétué. La perpetuité. L'éternité ne s'inscrit pas dans le temps, elle n'a ni début, ni fin, pas de présent, de passé, de futur. Chacun peut vivre tour à tour dans le temps, ou dans l'éternité. Le temps est confort passager, plaisir, à l'usure le temps a quelquechose d'une prison. Perpetuité. L'éternité est aride, silencieuse, incolore, inodore. A priori inconfortable comme une grotte; l'éternité est porteuse de joie. Se fondre progressivemnt dans l'éternité est un achèvement et un accomplissement.

Le foudroiement, échos

Depuis 1987, j'ai essayé de ne pas quitter le chemin. Cela n'est ni simple ni toujours agréable.
Au début, je m'y suis aventuré aveugle et sourd.
Surtout inconscient de sa nature. Brutale et douce. Cela dura des années une progression dans l'obscurité. Toujours j'ai gardé à l'esprit que je devais ne pas m'écarter du chemin.

La main guidée

Peindre, écrire, méditer et lire sont les piliers spirituels de ma progression sur le chemin.

Autant, lorsque j'écris, je ne sens pas de présence qui m'insufflerait son esprit, autant l'acte de peindre correspond à ce sentiment.

Pour moi, peindre, créer une forme, représenter, jouer avec les couleurs sont des actes qui me sont dictés, inspirés. Je sens ma main guidée. Sans que rien de conscient n'agisse. Je considère que c'est-là l'écho du foudroiement initial.


collage, l'esprit en chemin

L'esprit en chemin, collage 1995, 55cm x 45cm. Signé : Nugues
Voir Le Chemin en grand format

Le collage initial, le Chemin est à cet égard très précis. Je l'ai fait en 1994. A cette époque, je n'avais nullement conscience du Chemin. Ce n'est que maintenant, que j'y trouve un sens, le texte de ce collage est : "Tout est par terre, rien que ruines, difficile d'apercevoir les veilleuses qui indiquent le chemin."
Ce sens révélé à posteriori est la marque que ma main a été guidée au moment de la réalisation de ce collage.

Dominique Nugues, peintre écrivain ©2006-2008/Tous droits réservés

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